Extraits d’un entretien paru dans La Gazette des communes avec Laurent Fabius, ancien Premier ministre, président de la communauté de l'agglomération rouennaise, député (PS) de Seine-Maritime
En charge, depuis la rentrée, de coordonner les actions du Parti Socialiste sur la réforme territoriale, Laurent Fabius répond aux critiques formulées par le président de la République.
Ne redoutez-vous pas les effets du discours de Nicolas Sarkozy contre la « folie fiscale des régions » ?
Nous voulons d'abord éviter la démagogie. Sur 100 euros d'impôts, le gouvernement en prélève 78, seuls 2 euros vont aux régions. La dette de l'État est cent fois plus élevée que celle des régions. L'augmentation moyenne de l'impôt régional a été de 3 euros par habitant et par an dans les cinq années précédentes. Quelle est celle qui a le plus augmenté ? L'Alsace, de 14,3 % en 2009, l'une des seules régions gouvernées par la majorité présidentielle. Voilà les faits.
Les collectivités ne doivent-elles pas, malgré tout, participer à l'assainissement des comptes publics ?
Le chef de l’État se livre à une opération que nous ne pouvons accepter. Il essaie de se défausser de ses résultats financiers sur les autres : par l'augmentation de la dette, sur les assurés sociaux et sur les collectivités. Nous ne sommes ni des boucs émissaires ni des vaches à lait du pouvoir central. Les élus locaux font partie de notre identité nationale.
Nicolas Sarkozy juge qu'« un mouvement sectaire et politicien brise le consensus » au sein des associations.
Jugement simpliste. Le président de l'Assemblée des départements de France (ADF), celui de l'Association des régions de France (ARF) et les autres dirigeants d'associations représentent leurs mandants. D'ailleurs, la résolution finale, unanime, du Congrès des maires, précise que les projets de loi gouvernementaux « ne sont pas acceptables » en l'état. La vérité, c'est que le Président ne veut pas voir une seule tête dépasser. Il est recentralisateur, ce qui est tout sauf moderne. Sa vision est, de plus, marquée par son expérience de Neuilly-sur-Seine et des Hauts-de-Seine, collectivités les plus riches de France, mais qui ne constituent pas la règle commune.
En quoi les projets du Président sont-ils si centralisateurs ?
En dernier ressort, ce sont les préfets qui décideront en matière d'intercommunalité. De même, si les dispositions sur la suppression de la clause de compétence générale des départements et des régions sont maintenues, elles porteront un coup d'arrêt grave aux associations sportives et culturelles. Ces structures précieuses perdront une grande part de leur soutien financier.
Comment justifiez-vous les nombreuses créations d'emplois publics locaux ?
Pour l'essentiel, elles sont dues aux transferts de compétences de l'État et au développement des services concrets qu'assurent les collectivités. Mais, pour M. Sarkozy, on a le sentiment que l'emploi public c'est le crime suprême. Personne ne veut recréer des ateliers nationaux. La vérité c'est qu'on nous tient un discours parfois schizophrène : dans le même temps, on vante le modèle social français face à la crise, mais on récuse l'une de ses composantes majeures.
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