Suite à un article des Échos du début du mois de juillet confirmant la création d’un pôle statistique à Metz avec plus de 600 personnes, Jean-Emmanuel Paillon a ironisé sur son blog sur l’attitude de la majorité municipale, en suggérant que le transfert de 600 personnes est bien peu au regard de l’ensemble des effectifs de l’INSEE (actuellement 6000, dont deux tiers en province) pour menacer la qualité de la statistique publique, avant de demander une réflexion sur le devenir de l’immeuble de l’INSEE. Ce faisant, le Modem marque sa totale méconnaissance du sujet !
Méconnaissance du dossier d’abord, quand Jean-Emmanuel Paillon pense déjà à la reconversion des locaux de l’Insee : selon le rapport Cotis-Duport, seule une petite partie des 625 postes délocalisés viendra de l’immeuble de l’Insee, une grosse partie venant des directions régionales, de la DARES et de la DREES.
Méconnaissance du dossier ensuite quand Jean-Emmanuel Paillon ne voit pas les dangers pour la qualité de la statistique publique. Comme les agents de l’INSEE l’expliquent depuis le début, confortés par l’analyse du directeur général de l’Insee dans son rapport au premier ministre de décembre dernier (rapport Cotis-Duport), la statistique publique est déjà fortement décentralisée. De nombreuses fonctions, qui n’ont pas besoin d’être implantées à Paris, sont déjà implantées en province et l’ont été pour assurer une taille critique aux implantations régionales de l’INSEE, afin de permettre des mobilités, donc des circulations de compétence. Déshabiller une région pour habiller une autre remettra en cause cet équilibre. Éloigner de Paris des métiers qui demande des contacts fréquents avec des interlocuteurs parisiens, multiples dans la production d’enquêtes et de données, nuira à la pertinence des informations. Monsieur Fillon parlait de synergies entre l’Insee et Eurostat, l’office statistique européen installé à Luxembourg. Il ignorait juste que les statisticiens vont peu à Eurostat, sauf quelques grands chefs ; mais qu’ils travaillent beaucoup avec d’associations et institutions implantées en région parisienne.
Cela, Jean-Emmanuel Paillon ne l’a peut être pas compris, englué dans une logique comptable qui pense qu’enlever un petit peu par-ci par-là ne peut nuire à la qualité du service public ; mais cela, de nombreux chercheurs, de nombreux acteurs sociaux et de nombreux politiques de tout bord (socialistes en tête, mais aussi, communistes, verts, UMP). Le socialiste Pierre-Alain Muet et l’UMP Hervé Mariton, respectivement président et rapporteur d’une mission d'information sur la mesure des grandes données économiques et sociales à l’Assemblée nationale en 2008, et Pierre Morel L’Huissier, rapporteur de la commission des finances de l’Assemblée nationale sur le budget de l’INSEE, ont même récemment écrit ensemble au premier ministre pour faire part de leur inquiétude, partagée donc sur tous les bancs de l’Assemblée.
Si Jean-Emmanuel Paillon connaissait son dossier et ne se contentait pas des seuls entrefilets publiés dans Les Échos, il aurait enfin su que le rapport Cotis-Duport soulignait l’importance d’un « soutien constant et sans faille de la part des pouvoirs publics », allant bien au-delà de quelques mesurettes d’incitations au départ annoncées dans Les Échos. Il réclamait notamment des moyens humains et financiers supplémentaires pour gérer et financer les opérations de délocalisation. Or, ce que les agents ont appris en juillet, c’était que l’État ne comptait rien donner et qu’il faudrait que l’Insee prenne sur ses moyens humains et financiers courants, déjà notoirement insuffisants pour répondre à la boulimie de chiffres des pouvoirs publics et des acteurs sociaux. En d’autres termes, il leur faudra produire moins d’études et moins de statistiques pour payer le transfert. Voilà ce dont les agents s’inquiètent aussi, mais pas le Modem, toujours près pour les grands discours théoriques sur la main mise du pouvoir sur le débat public mais aux abonnées absents quand il s’agit de défendre concrètement l’un des leviers de ce débat public : la disponibilité de données, d’études et d’analyses pertinentes, transparentes et adéquates.


