L’extension du travail du dimanche est une réforme inefficace sur le plan économique, dangereuse pour les salariés et néfaste pour la vie sociale.
En pleine crise économique et sociale, Nicolas Sarkozy veut poursuivre ses coups de boutoir tout azimut contre le droit du travail avec toujours la même logique : précariser toujours plus les travailleurs, décentraliser au maximum les négociations entre les partenaires sociaux pour affaiblir les rapports de force au détriment des salariés, pour les pousser à accepter « par libre choix » de travailler plus, de faire des heures supplémentaires, de travailler jusqu'à 70 ans, de travailler le dimanche. Mais où est le libre choix quand il faut survivre parce que les salaires ne suivent pas et que tout est fait pour que les pensions de retraite soient, demain, faibles ?
Le Parti socialiste s’oppose avec force à cette nouvelle réforme à rebours du progrès, qui poursuit ce retour vers les rapports sociaux des débuts de l'ère industrielle que suit méticuleusement un président de la République, visiblement plus tourné vers le XIXe siècle que vers l'avenir.
Dire que travailler le dimanche relancerait l'emploi par la consommation revient à dire que les français épargneraient en semaine et rempliraient leur bas de laine faute de pouvoir acheter le dimanche. C’est le pouvoir d’achat qui génère la croissance, et celui-ci est d’abord commandé par les salaires. Une étude de l’OFCE sur le cas allemand montre que l’ouverture des magasins le dimanche n’a modifié ni les comportements de consommation, ni les comportements d’épargne.
Au contraire, la généralisation du travail dominical détruirait de l’emploi, en pénalisant les petits commerces qui emploient à chiffre d’affaires égal, trois fois plus de salariés que dans les grandes surfaces : seules les grandes enseignes auraient en réalité les moyens financiers et humains de faire travailler ainsi leurs salariés, ce qui créerait une situation de concurrence déloyale très défavorable aux petits commerçants et aux artisans. De l’avis d’une majorité d’experts et des organisations syndicales et patronales représentant les PME et les petites entreprises, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui seraient ainsi menacés dans le petit commerce.
L’ouverture des commerces le dimanche, c’est donc paradoxalement la certitude d’une augmentation immédiate des prix. Les surcoûts des charges fixes et les éventuelles majorations de salaires seraient évalués à 4 ou 5 % pour tous les consommateurs, y compris ceux achetant en semaine. Ouvrir un dimanche coûte trois fois plus cher qu’ouvrir un jour de semaine à cause des charges salariales, des frais de communication, ou des charges de fournisseurs augmentées par les prestations dominicales.
L’extension du travail du dimanche est également une aberration sur le plan environnemental. Après l’adoption du Grenelle de l’environnement, la course à la consommation suscitée et non raisonnée est malvenue. Au contraire, chauffer, éclairer, climatiser, transporter produits et consommateurs un jour de plus, est évidemment générateur de surconsommation d’énergie.
Libéraliser le travail le dimanche est une réforme dangereuse pour les salariés.
Le discours sur le volontariat des salariés est inacceptable. Dans le secteur, le taux de syndicalisation est de l’ordre de 2 % et montre l’impossibilité de la vérification du volontariat. Particulièrement en période de crise économique, la subordination du salarié à son employeur est évidente et les éventuels chantages à l’emploi réduisent à néant toute liberté de choix des salariés, notamment au moment de l’embauche.
Elle l’est encore plus dans ce secteur du commerce qui cumule emplois précaires, saisonniers, à temps partiel, peu qualifiés et très féminisés. L’idée trop largement répandue d’un salaire doublé le dimanche est fausse et les majorations de salaire sont parfois inexistantes, variables selon les cas, atteignent rarement 100 % et vont au-delà exceptionnellement. Le projet de loi ne prévoit aucune généralisation de la majoration.
Un choix de société que nous, Socialistes, récusons.
Si la loi instaurant le repos dominical remonte à 1906, elle trouve ses fondements dans un droit conçu d’abord pour les plus modestes et a traversé le temps simplement parce qu’elle est juste. La vie s’est organisée pour que les associations, le sport, la culture, la famille, entre autres trouvent leur espace-temps le plus souvent le dimanche. Ce jour n’est pas comme les autres et ne saurait le devenir.
Le travail le dimanche, au service de quelques intérêts particuliers, pénalisera d’abord les femmes, souvent les plus concernées. Il tuera le petit commerce au profit des grandes surfaces. Il pénalisera le lien social, déjà fragile particulièrement dans les grandes agglomérations visées. Il consacre un modèle de société centré sur le « Dieu consommation », et l’épanouissement individuel ne se résume pas à la satisfaction du besoin de consommer.
Nous
ne sommes pas seuls dans la défense du repos dominical.
Toutes les organisations de salariés sont contre. Les syndicats de salariés (CGC, UNSA, CFDT, CGT, CFTC, FO…) sont contre toute déréglementation du travail dominical et pointent du doigt les répercussions néfastes que cela pourrait avoir sur l’économie et la société française. Les associations familiales (UNAF) mais également les institutions religieuses ont souligné leur opposition à une extension du travail le dimanche. La plupart des organisations patronales sont contre. La grande distribution, pourtant « gagnante » avec un tel projet, est elle-même, loin d’être enthousiaste sur le sujet : « "Nous n’avons pas besoin d’ouvrir le dimanche, il n’y a pas de demande », constatait le Directeur d’une grande marque de distribution française. L’Union Professionnelle Artisanale (UPA), la Fédération Nationale de l’Habillement (FNH), la Confédération de l’Alimentation en Détail (CGAD) ou encore la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME) : toutes analysent l’ouverture des commerces le dimanche comme destructrice d’emplois.
Certains sondages manipulent l'opinion, comme ce fut déjà le cas sur la durée du travail parce que le point de vue de tous, travailleurs, retraités, inactifs, peut prendre le contre pied du point de vue des premiers concernés : les travailleurs salariés. Si les français sont favorables en tant que consommateurs –comment en serait-il autrement-, ils sont majoritairement défavorables en tant que salariés comme le montre un récent rapport du Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie (Crédoc) : une enquête réalisée en septembre 2008 montre que 52 % des personnes interrogées sont pour une ouverture des magasins le dimanche ; 61 % refusent de travailler ce jour-là ; et les personnes qui ont des proches travaillant dans le commerce sont opposées à l’assouplissement…



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