Le 6 et 7 mai, le projet de loi sur la « modernisation » du marché du travail a été examiné au Sénat. Le Gouvernement et la majorité nous disent que cette loi serait nécessaire et qu'elle devrait rester inchangée parce que son texte est issu d'un accord entre partenaires sociaux. Mais cet accord vient d'une négociation particulièrement contrainte ! La négociation n'a pas été voulue par la partie ouvrière mais convoquée par le seul Gouvernement ; et conduite selon les axes définis par une note gouvernementale ; c'est le Président de la République qui en a annoncé les conclusions... à l'université d'été du Medef !
Le Parlement ne saurait être une chambre d'enregistrement des accords conclus ailleurs. L'intérêt général n'est pas la somme des intérêts particuliers même si ceux-ci ont fait l'objet d'un arbitrage raisonné. Le Parlement représente la société tout entière, il doit dire ce qui lui semble juste pour elle, car dans des relations de travail, le salarié cesse d'être un citoyen pour entrer dans un rapport de subordination. Il devient alors, selon le terme de Jaurès, un sujet.
J'en viens à l'hypocrisie de ce texte : le CDI est ici présenté comme la forme de référence, mais il est nié dans tous les articles suivants !
Le nombre de CDI va augmenter par rapport à celui des CDD. Mais la période d'essai moyenne sera supérieure à la durée d'un CDD traditionnel. On embauchera demain en CDI... afin de se débarrasser plus facilement du salarié ensuite.
Rupture par consentement mutuel : quelle affreuse formule ! Quelle référence indigne au couple ! Les relations de travail ne sont ni affectives ni familiales mais conventionnelles. On échange une marchandise contre une autre, du travail contre un salaire. Comment le consentement pourrait-il être réel et sincère ?
Et que chacun réfléchisse bien avant de se prononcer sur le contrat de mission. Sous couleur de progrès, on restaure le travail à la tâche, s'agissant en outre du travail hautement qualifié. C'est une négation de tous les efforts consentis pendant si longtemps par notre société pour éduquer ses citoyens. Nous voilà à rebours de la tendance historique. Il n'est pas raisonnable dans une société développée d'aggraver la précarité, de négliger le besoin de relations sociales stables, de relations hiérarchiques saines, épargnées par la menace constante du licenciement.



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